Un licenciement prononcé sans motif valable expose l’employeur à des sanctions financières importantes. Depuis 2017, le barème Macron encadre les indemnités accordées par le conseil de prud’hommes en cas de licenciement abusif. Mais comment ce montant est-il calculé ? Quels sont les planchers et plafonds applicables ? Et le juge peut-il s’en écarter ? Tour d’horizon des règles en vigueur pour tout salarié ou employeur concerné par une rupture contestée du contrat de travail.
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Licenciement sans cause réelle et sérieuse : définition et enjeux
Un licenciement est qualifié de sans cause réelle et sérieuse lorsque l’employeur ne peut pas justifier d’un motif suffisamment objectif, établi et précis pour rompre le contrat de travail. Cette qualification s’applique aussi bien aux licenciements pour motif personnel (faute insuffisante, inaptitude contestée, motif professionnel mal fondé) qu’aux licenciements économiques dont les faits ne reposent sur aucune réalité vérifiable.
Le salarié peut contester son licenciement devant le conseil de prud’hommes dans un délai de douze mois à compter de la notification de la rupture. Si le juge reconnaît l’absence de cause réelle et sérieuse, il condamne l’employeur à verser des dommages et intérêts au salarié lésé.
Depuis la réforme de 2017, le montant de ces indemnités est strictement encadré par un barème légal, communément appelé barème Macron. Ce dispositif fixe des planchers et des plafonds exprimés en mois de salaire brut, en fonction de l’ancienneté du salarié et de la taille de l’entreprise. Résultat : les indemnités sont désormais davantage prévisibles, aussi bien pour le salarié que pour l’employeur.
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Le barème Macron : fonctionnement et montants applicables
Instauré par l’ordonnance du 22 septembre 2017, le barème Macron s’applique à tous les licenciements prononcés à compter de cette date. Il définit, pour chaque année d’ancienneté accomplie, un montant minimum et un montant maximum d’indemnité exprimé en mois de salaire brut. Le juge reste libre de fixer le montant à l’intérieur de cette fourchette, selon les circonstances propres à chaque dossier.
Planchers et plafonds pour les entreprises de 11 salariés et plus
Pour les entreprises dont l’effectif est égal ou supérieur à 11 salariés, voici les principaux seuils du barème légal :
- Moins d’un an d’ancienneté : plancher de 0,5 mois, plafond de 1 mois de salaire brut.
- 1 an : plancher de 1 mois, plafond de 2 mois.
- 2 ans : plancher de 3 mois, plafond de 3,5 mois.
- 5 ans : plancher de 3 mois, plafond de 6 mois.
- 10 ans : plancher de 3 mois, plafond de 10 mois.
- 20 ans : plancher de 3 mois, plafond de 20 mois.
- 30 ans et plus : plancher de 3 mois, plafond de 20 mois (plafonné).
Le plafond maximal est ainsi fixé à 20 mois de salaire brut, quelle que soit l’ancienneté du salarié. Plus l’ancienneté est élevée, plus le juge dispose d’une marge d’appréciation importante entre le plancher et le plafond accordé.
Barème spécifique pour les entreprises de moins de 11 salariés
Les petites entreprises bénéficient d’un barème allégé, avec des planchers sensiblement plus bas pour tenir compte de leur capacité financière réduite. Un salarié licencié abusivement après deux ans d’ancienneté dans une structure de moins de 11 salariés se voit appliquer un plancher de 0,5 mois de salaire brut, contre 3 mois dans une grande entreprise.
Ce régime différencié vise à ne pas fragiliser économiquement les petites structures, tout en maintenant une protection réelle pour les salariés concernés par un licenciement abusif.
Illustrations concrètes de l’application du barème Macron
Pour mieux saisir son fonctionnement, prenons deux situations.
Premier cas : un employé justifie de 5 ans d’ancienneté dans une société de 10 personnes et perçoit 2 300 € brut mensuels. En cas de licenciement jugé injustifié, l’indemnisation correspond à 1,5 mois de salaire, soit 3 450 €.
Deuxième cas : un salarié avec 20 ans d’ancienneté dans une entreprise de 150 salariés gagne 2 900 € brut par mois. Son indemnité, en cas de licenciement abusif, peut osciller entre 3 et 16 mois de salaire, soit entre 8 700 € et 46 400 €.

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Quels éléments entrent dans le calcul de l’indemnité ?
Le calcul de l’indemnité pour licenciement abusif repose sur le salaire de référence du salarié, qui correspond à la moyenne des douze derniers mois de salaire brut précédant la rupture du contrat. Ce salaire de référence intègre plusieurs composantes essentielles :
- Le salaire de base mensuel brut perçu habituellement.
- Les primes régulières et contractuelles (prime d’ancienneté, prime de résultats, 13e mois proratisé).
- Les avantages en nature inclus dans la rémunération contractuelle habituelle.
- Les indemnités compensatrices de congés payés, dans certains cas spécifiques.
En revanche, les remboursements de frais professionnels et les primes exceptionnelles sans caractère contractuel sont exclus du calcul. L’ancienneté prise en compte est celle acquise dans l’entreprise au moment de la notification du licenciement, exprimée en années complètes.
Une ancienneté de deux ans et huit mois sera donc comptabilisée comme deux ans pour l’application du barème, sans proratisation des mois supplémentaires.
Le barème Macron est-il obligatoire pour le juge ?
Depuis la validation du barème Macron par la Cour de cassation en 2021, les juges prud’homaux sont tenus de l’appliquer sans possibilité d’y déroger au cas par cas. La Haute juridiction a jugé ce dispositif conforme aux engagements internationaux de la France, notamment à la Convention n°158 de l’Organisation internationale du travail, après avoir écarté les arguments des syndicats et de certains conseils de prud’hommes qui refusaient de l’appliquer.
Cette décision a mis fin à plusieurs années d’incertitude judiciaire. Auparavant, certains juges du fond accordaient des dommages et intérêts supérieurs au plafond légal en invoquant des situations individuelles particulièrement préjudiciables. Désormais, le barème s’impose uniformément, à deux exceptions notables près :
- En cas de harcèlement moral ou sexuel reconnu : le juge peut octroyer des indemnités spécifiques supplémentaires, distinctes du barème.
- En cas de violation d’une liberté fondamentale (discrimination, dénonciation d’une infraction, exercice du droit de grève) : le licenciement est déclaré nul et le salarié peut obtenir sa réintégration dans l’entreprise ou une indemnité sans plafond légal.
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Autres indemnités dues en cas de licenciement abusif
L’indemnité pour licenciement sans cause réelle et sérieuse ne constitue pas la seule somme due au salarié. En cas de rupture abusive du contrat de travail, l’employeur reste tenu de verser l’ensemble des indemnités légales auxquelles le salarié a droit, indépendamment du caractère abusif reconnu par le juge lors de l’audience.
Ces sommes comprennent notamment :
- L’indemnité légale de licenciement (ou l’indemnité conventionnelle si elle est plus favorable), calculée selon l’ancienneté et le salaire de référence.
- L’indemnité compensatrice de préavis, si le salarié n’a pas effectué son préavis ou en a été dispensé par l’employeur.
- L’indemnité compensatrice de congés payés non pris au moment de la rupture effective du contrat.
- Le cas échéant, une indemnité de non-concurrence si une clause contractuelle spécifique le prévoit.
Ces montants s’ajoutent aux dommages et intérêts accordés par le juge dans le cadre du barème Macron. Le salarié ne doit donc pas confondre les deux : le barème représente uniquement la part liée au caractère abusif du licenciement, et non l’ensemble de l’indemnisation totale à laquelle il peut légitimement prétendre.
Face à un licenciement contestable, connaître les règles du barème Macron permet au salarié d’évaluer ses droits réels avant toute audience prud’homale. Se faire accompagner par un avocat spécialisé en droit du travail ou par un représentant syndical reste la meilleure façon de défendre efficacement ses intérêts.







